Gustave ou : la plèbe sera toujours choquée.

Publié le par Sherwood

Chers amis, aujourd'hui fut bandant. Au sens où je l'emploie moi, c'est-à-dire sans sous-entendu organique quelconque, simplement pour signifier mon contentement devant les choses de la vie. Il faut le préciser, parce qu'avec ce qui va suivre, les plus chastes d'entres vous seront même priés de fermer les yeux. Oui oui, je ne vais pas hésiter à poster ici des images osées !

Car je me doute bien que mon triptyque inachevé sur les mirificences serbes vous rase les genoux, alors on va se la jouer publiciste, voilà, vous préférez sans doute de l'organe reproducteur à vif.

 

Mais c'est ce que je vais vous offrir !

 

Commençons par le début, c'est toujours plus net, plus scientifique ; même si cette journée fut plutôt sous le signe artistique. Faut bien les cadrer ces artistes !

A ce sujet, j'ai horreur des cadres. Ha oui, vraiment, ces moulures dorées dégradent foutrement le tableau qu'ils sont censés mettre en valeur. Car aujourd'hui nous avons visité le musée d'Orsay. Vous savez, l'ancienne gare avec la chouette horloge et une architecture mirifique (voilà, j'avoue, en plus des lampadaires, des ponts et de la ferraille, j'aime les gares. Alors quand dedans c'est un musée, c'est juste comme un coin de paradis).

Dans ce musée il y a des milliards de choses à voir. Moi, je m'étais fixé une mission : admirer "l'enterrement à Ornans" de Gustave Courbet. Parce que mon élève avait un devoir à faire dessus, et qu'on a donc passé des heures à en observer la minuscule reproduction dans son livre, qu'on a interprété des tonnes de choses et que du coup bin j'ai découvert Courbet pour autre chose que la fameuse "origine du monde" (j'avais donc sans doute déjà vu l'enterrement, mais à l'époque,, j'ai forcément plus retenu le second, chaste et prude choquée). Et mieux compris le mec, genre "vazzy j'm'en fous moi, ràb des conventions moi chuis un artiste et je me débrouille pas trop mal avec des pinceaux, je vais représenter c'que j'veux !". Y compris la plèbe qui chiale, les fossoyeurs en sueur, les cerfs en rut et le cul de ma maîtresse. Et toc.

Il l'a sans doute pas dit comme ça, mais il l'a fait. Et évidemment les gens à l'époque ont hurlé à l'outrage, namé c'trop pas académique tes barbouillages là, tu vas planquer ça tout de suite ! On peint pas des gens moches en grand format !

 

Niveau mocheté, hein, j'aimerais bien peindre aussi moche que ça. Mais c'est pas la question (je crois que je ne sais même pas comment on tient correctement un pinceau).

 

Au musée, il y a bien d'autres choses à voir ensuite, les petits points partout des néo-impressionistes, les chats incroyables de Bonnard, la fillette-passée-au-micro-ondes-avec-un-oeuf-sur-la-tête de Renoir, la femme dont je suis tombée raide dingue de Lucien Levy-Dhurmer, le cycliste de Maillol (ouais, un type à poil avec des mollets maigrichons et pas de vélo... pourquoi diable l'appeler ainsi ??)... Enfin un musée quoi, un groupement de trucs chouettes.

 

Chouettes si on sait faire les dialogues sur les tableaux ou les sculptures, bien entendu. Sinon, c'est ennuyeux, c'est rempli de vieux et de touristes et de gamins qui détestent être là.

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Et puis en sortant du musée, nous avons franchi un pont, quand soudain mon regard fut attiré par une forme blanchâtre dans l'eau. Nous nous sommes arrêtées, j'ai dégainé l'appareil photo et mitraillé la scène de "rue" la plus surprenante que j'avais vue (hé oui nous vivons dans un pays de gens bien comme il faut qui ne sortent pas des clous). Une jeune femme se baignant dans l'eau limpide. Oui, j'insiste, limpide et transparente, même si verte, oui les enfants la Seine est propre. Je ne dis pas "over nickel niveau pollution", mais vous vous prélassez dans l'océan c'est pareil.

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En tout cas, elle n'avait pas l'air de souffrir. Un jeune homme marchant également sur le pont, l'oreille collée à son smartphone, a dit à son correspondant "attends tu me crois pas, je quitte je te la prends en photo !". Un homme s'est approché de nous et a dit : "C'est une folle, elle m'a demandé de lui faire l'amour et puis elle est allée dans l'eau".

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Nous, nous comptions les secondes avant l'arrivée de la police. Moins de cinq minutes avant que deux petits bateaux s'approchent, la police, les pompiers, pour la tirer de l'eau comme si elle allait se noyer. Quand ça fait quelques minutes qu'on nage paisiblement, on sait aller jusqu'au bord sans se faire hisser par un type en latex je trouve. Ils l'ont enveloppée dans une couverture de survie pendant qu'elle riait "mais je n'ai pas froid !", le camion de pompiers et le Samu sont arrivés, en tout 18 personnes à pied d'oeuvre pour une malheureuse baigneuse qui ne faisait de mal à personne.Si ce n'est choquer les hommes bien pensants en chemise rose (nous le soupçonnons d'avoir appelé la police).

 

Quand ils sont passés près de nous, on l'a entendue dire que non, non, pas l'hôpital psychiatrique, non, elle connaissait trop.

 

Et puis nous sommes allées visiter le squat d'artistes de la rue de Rivoli et encore une fois, c'était mégabeau.

Publié dans Lutèce

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