Le mystère à 500€
Cher blog,
Aujourd'hui, le temps a coulé sous l'eau des ponts de la vie, et le recul m'a placée suffisemment en arrière pour pouvoir apprécier davantage la perspective humoristique de la tournure des évènements.
Quand je commence à faire des phrase qui ne veulent rien dire, c'est bon signe.
C'est donc seulement maintenant que je prends le clavier pour narrer un brin de ce qu'il m'est tombé sur le coin de la tronche, et faire partager à la postérité virtuelle tout l'humour de la situation.
Comme disait l'autre, seule la dose fait le poison*. J'ignorais que ça marchait aussi dans le sens d'une overdose.
Un petit grain de sable, et tout va mal. Une plage entière, et finalement, c'est marrant.
Pour faire simple, faisons chronologique. Sans doute vais-je répéter des informations et radoter, mais si je les omets, il n'y aura pas accumulation. Et donc pas de côté drôle.
En septembre dernier, ce blog en atteste, j'avais emménagé dans une bourgade sympathique parfumée à la viande de mouton. En raison de mes antécédents, j'avais déjà décidé de n'y rester qu'un an, au maximum.
Nous sommes en octobre jusqu'à demain, je n'y vis plus. Là, c'est fait, mais attendez la suite.
Pendant cette année, j'ai eu le temps d'obtenir un diplôme inutile, ce blog en atteste aussi, on ne reviendra pas dessus.
Septembre, donc, cristallisation des évènements, acmé des ennuis : la rentrée. La première rentrée sans école. Sans école, sans travail, avec un appartement à quitter.
On ne quitte pas d'appartement si on n'en prend pas un autre. On ne prend pas d'appartement si on n'a pas de revenus. On n'a pas de revenus si on n'a pas de travail. Et on n'a pas de travail si on n'a pas de piston.
(Subitement, je pense aux paroles de "Lost in America", tiens je vais tenter d'inclure le clip)
De piston, ou de talent pour l'Imposture. Là, le sourire narquois aurait dû commencer à se dessiner sur mes lèvres. Rappelons que deux années durant, mes maîtres de stage et moi avons récolté des données, afin de les analyser. Seulement, cette banque de données était trop imposante pour un stage de 6 mois, le travail a donc été divisé en deux. Le point de vue local a été analysé par mon énantiomère, et le point de vue global par moi-même.
Les résultats intéressants ont été constatés au niveau local. Le stage le mieux fait a donc été celui de mon énantiomère (faut aussi admettre qu'il a quand même mieux présenté ça. Il a fait un sprint, et moi une course de fond, mais il a mieux géré). Le type ayant trouvé des résultats intéressants a donc tout naturellement été embauché par le Labo afin de subsister une année, avant de pouvoir postuler à une thèse (car lui non plus n'en a pas eue une directement, mais il n'a pas cherché, faut dire...).
Le type restant a euh... bah reste sur le carreau.
En juin, lors du rendu des stages et tout ça, il était également l'heure de postuler à des thèses, si on voulait en faire. Mon cas, donc. Après moult dossiers de candidature envoyés, moult ablations des viscères pour pondre des lettres de motivations, aucune réponse ne fut positive. En effet, chaque lettre de motivation est rédigée avec honnêteté et sincérité, sans formulation bateau ni enrobage hypocrite... vous aurez compris : c'est surtout pas ça qui marche !
En juillet, donc, j'ai commencé à chercher du travail, du vrai, pas une thèse. Cependant, pour trouver un travail en lien avec mes études (c'est un peu le but, quand on fait des études dans un secteur qui nous botte, on voudrait bien avoir un métier dans ce secteur là, non ?), il fallait avoir choisi l'orientation "professionnelle" du diplôme, et pas l'option "recherche".
Vu le nom, j'aurais dû me douter que "recherche" me ferait chercher...
C'est donc vers juillet-août que je me suis dit qu'il fallait recommencer des études, puisque le travail était impossible. Mais ceux qui connaissent l'éducation française savent que pour entrer à l'école en septembre, il faut postuler en juin. Il était donc trop tard.
Et puis il y a eu les blattes.
Des cafards partout. Ça grouillait sous les pieds. Mon appartement était infesté.
J'appelle le numéro de la personne qui m'a fait visiter l'appartement. Pas de réponse.
Tant pis, me dis-je, de toute façon je pars bien vite.
Un préavis de départ est envoyé. Les blattes se multiplient. La vie devient impossible entre les bestioles. Le préavis est reçu, l'accusé en atteste, mais la société propriétaire de mon immeuble ne m'appelle pas. Qu'à cela ne tienne, je dois partir.
Squatter ailleurs, puisque sans argent, donc.
J'emballe mes affaires, naturellement il y en a plein. Trop pour les déplacer en métro. Le temps de trouver un véhicule (gloire à François, oh, gloire à François !), les cartons se sont accumulés, pleins de mes bricoles, et surtout : disponibles pour les blattes. Qui ne se sont pas privées.
J'ai donc déménagé des cartons pleins d'oeufs de cafards.
Et infesté mon squatt à nouveau.
Ne croyez pas que je n'ai rien fait contre. Chaque carton, chaque sac, a été pulvérisé d'anti-cafards, avant de le remplir, une fois rempli, et avant toute manutention. D'ailleurs, ces gazages ont été efficaces : mon cafard Naüm, lui, est mort.
Nous étions là en octobre.
En septembre, lors de la rentrée, certains des laissés-pour-compte de la promo de l'an dernier (car, sur 44 élèves, au moins 35 se sont retrouvés dans mon cas, "qu'importe d'être malheureux si nous le sommes ensemble"**, heing...) nous sommes rendus à la réunion de rentrée de cette année. Au passage, quelle boutade. Le prof principal, appelons-le ainsi, n'a pas hésité à affirmer que cette formation était "gage d'emploi", que "80% des diplômés des années passées ont trouvé une thèse ou un emploi l'année suivante". Moui.
Alors je viens de faire le calcul, mais 35 élèves sur 44 ça fait plus de 79% de diplômés sans thèse ou emploi. Il a très précisément inversé ses statistiques.
Naturellement, nous le lui disons. Il rétorque que "dans 2 ou 3 ans, vous trouverez forcément du boulot, le secteur est porteur".
C'est bon à savoir, on n'a que 3 ans à passer à faire la manche. Ha, mais suis-je bête, si pendant ces trois ans on ne fait rien qui se raporte à nos études et pourrait nous donner de la valeur ajoutée, on va se faire passer devant par les frais diplômés qui ont 3 ans de moins que nous. Il faut donc passer 3 ans à faire des stages bénévoles.
On n'a plus qu'à gagner au loto quoi...
C'est donc dans cette bonne volonté de pouvoir faire des stages que nous cherchions à nous faire ré-inscrire en fac, en loucedé. Car, je précise, on ne peut pas faire un stage si l'on n'est pas étudiant.
Et pour être étudiant en septembre, faut postuler en juin. Je me répète mais je cherche à être claire.
Donc, nous étions en septembre en train de vouloir une carte d'étudiant, pour postuler à des stages au long de cette année 2010-2011. La secrétaire nous a dit que "c'est possible". Heureux, nous nous inscrivons donc à des modules de cours, un module, un statut d'étudiant, et à nous la vie de stagiaires.
Mon module a eu lieu ces deux dernières semaines. Il y a 3 semaines, j'étais retournée à la fac voir la secrétaire, lui demander quand j'aurais ma carte d'étudiante. Nan parce que je m'étais renseignée sur les stages faisables cette année, j'en avais trouvé un chouette, et sans statut d'étudiant je ne pouvais guère y postuler et il allait me passer sous le nez. La secrétaire m'a annoncé que "la personne qui devait s'occuper de nos dossiers a eu un accident de voiture et ne sera de retour que dans trois mois".
A ce moment, j'avoue que j'ai entamé mon retour au rire cynique. Oui, depuis juin j'étais un brin triste et dépitée de la vie, mais là, c'était trop drôle, je ne pouvais pas ne pas en ricaner. J'ai pris ça avec philosophie : pas de carte d'étudiant, bon, d'accord. Cessons de postuler à des stages, faisons de petits boulots (j'en fais déjà, j'allais pas non plus rester bras croisés hein), et allons tout de même en cours, puisque j'ai le droit d'y aller et qu'en plus j'aurai pas de notes. Tout bénèf'.
Il y a quatre jours, j'ai enfin eu cette carte et ce statut me permettant plein de choses.
J'ai donc joyeusement payé les droits d'étudiant, sachant que je suis fauchée donc boursière à l'échelon maximum, ça y est, ma vie allait devenir plus facile avec toutes ces thunes subites (ça, c'est dégoûtant, mais oui, être étudiante m'a toujours valu un salaire mirifique de 400€ par mois***).
Seulement, nous sommes en octobre. Il est donc trop tard pour postuler à ces bourses. Il est aussi trop tard pour obtenir la carte de métro de l'étudiant (on n'y pense pas, mais foutre que c'est cher, le métro, quand on n'est pas étudiant ni salarié à plein temps !). Il est encore, bien sûr, trop tard pour répondre à ces fameux stages sur lesquels j'avais posé des options le mois dernier.
Hé, j'ai pas fini.
Un autre souci s'est greffé à tout ça il y a deux semaines. Mon cher rat Spoutine a eu un abcès dégoûtant. C'est facile à régler, un coup chez le vétérinaire, un bras à hypothéquer et des médicaments à lui donner, hop, c'est reparti.
Bon, j'exagère : je bossais depuis septembre, j'avais donc assez de sous pour payer un véto. Naturellement, je n'en ai plus pour me payer une visite chez le dentiste, mais on s'en fout, ça m'empêche juste de dormir et ça me lance dans toute la tête d'avoir les dents de sagesse qui pousse. Un rien.
Je finis en beauté sur le titre de ce pavé monumental. N'oublions pas que j'ai quitté mon appartement dionysien. Mais que dans ma poche, il y a toujours les clés d'icelui. Quand et comment les aurais-je rendues ? A qui ? Mon unique contact, souvevez-vous, ne répond guère. La société propriétaire de l'immeuble n'est qu'une adresse neuilléenne. Qui ne m'a donc toujours pas rendu ma caution.
J'aurais pu arrêter de payer mon loyer il y a quelques mois. La fameuse société, elle, n'a jamais payé l'électricité et l'eau de l'immeuble. Des petits papiers en attestaient, tous les mois les compagnies notifiaient que l'abonnement n'avait pas été payé, qu'ils allaient couper les services... ce qu'ils n'ont heureusement jamais fait.
Alors que faire ? Aller à la seule adresse que j'ai pour leur rendre les clés et réclamer ma caution, ainsi qu'un eexplication pour leur non-réponse aux préjudices moraux causés par l'invasion de cafards ? Risquer par là même de découvrir la réponse à l'énigme ? La résolution du mystère est toujours décevante. Ya -t-il vraiment quelqu'un derrière cette boîte à lettres ?
* Paracelse
** Un proverbe indien y paraît
*** Rappelons qu'un loyer minimum à Paris est de 350€, mais avec ça on n'a une chambre de bonne de 9 mètres carrés sans sanitaires. La décence vaut au moins 450€. Et il faut se déplacer, se nourrir et sans doute qu'il existe dans la vie des frais annexes comme les vêtements, les soins, les "extras"... Un salaire mirifique, donc, mais qui nous fait demeurer en dessous du seuil de pauvreté français.
P.S. : Je tiens à préciser que je ne souhaite pas me plaindre (bon, si, un chouia), surtout pas me faire plaindre. Rappelons que j'ai pour le moment un toît que je ne paye pas, chez une personne merveilleuse ; que j'ai des amis fantastiques, que je peux accéder à Internet et manger des yaourts en gratouillant mon rat. Alors voilà, la vie est belle.
Et hilarante.