Etude de moeurs, appréciation de concepts.
Certes, ce blog n'a pas été nourri depuis un peu de temps. Mais privilégions la qualité à la quantité (d'autant plus que pour la quantité, je peux donner quand je me mets à bafouiller !). Aujourd'hui je vais donc vous narrer presque objectivement une étude faunique menée en banlieue parisienne par trois reporters de choc, et un clin d'oeil amusant (pas pour tout le monde, mais je ne sais pas jouer l'hypocrisie) sur les corrélations temporelles. Le menu vous plaît ? Accrochez vos ceintures et préparez les cachets si la digestion passe mal. Je vais tenter de ne pas trop être grinçante mais c'est difficile.
Hier soir, 19h arrivée dans la bourgade de banlieue est de la capitale. Attente de la troisième larronne, tout en se faisant aborder par un type tout de noir vêtu, chic, qui mimait quelque chose. La communication non-verbale n'était pas Française, j'ai confirmé que les gestes ne sont pas universels. Cherchant à passer le temps j'ai souhaité demander à l'homme quelle langue il parlait. Il m'a répondu "Budapest". C'est pas une langue mais je connais pas un seul mot en Hongrois (c'est vraiment dommage je vais m'efforcer d'y remédier). Nous lui avons fait un signe de la main et il est parti.
Quand la troisième est arrivée, nous nous sommes dirigées vers le lieu de la fête. Sur le trottoir, tendant la main, nous vîmes notre homme en noir. Saluts mutuels. Comment on fait pour arriver à Neuilly et s'habiller aussi chic quand on ne parle pas un mot de Français ? La question me turlupine.
Nous entrâmes dans la maison de notre hôte (gloire à lui). Soirée déguisée, nous êtions une cow-girl, un arc-en-ciel vitaminé et un frère Tuck, avec bouteille et psaumes (notez bien la présence des psaumes, on les retrouve plus tard). Il y avait aussi un pingouin, une banane, des monocolores en rose, blanc, rouge, vert, noirs, des Blues Brothers, un Clark Kent fantastiquement bien fait (oui c'est facile mais fallait y songer ! tout est dans le détail), une sorte d'Arlequin, un plombier merveilleux...
Des tonnes de gens, tous identiques. Des bôgosses et des bonnasses, mannequins de papier glacé. Régal pour les yeux (faut aimer, oui, mais la Moyenne aime ça), mais pas pour les oreilles. Je sais, l'alcool, tout ça, ça trouble les gens, ils n'ont pas l'air aussi intéressants que sobres. Ce facteur n'a malheureusement pas été pris en compte dans notre étude entomologique, c'est un fort biais, c'est une des (nombreuses) critiques à nous faire (me faire, les deux autres n'écrivent pas). Ces gens ont tous un même pattern de réponse à l'altérité. Schéma-type : deux homo sapiens s'approchent. Ils échangent des banalités. Ils se connaissent de longue date (voisins, collégiens...) car dans ces banlieues là, la communauté n'a pas un turn-over (= taux de remplacement) rapide. Ces connaissances des grandes lignes de l'autre leur permet de mieux en parler. Chacun dit ce que l'autre aimerait entendre. Très important : ne surtout pas dire ce que l'on pense, tout en laissant transparaître que sa propre vie est bien mieux. En effet, il existe un archétype de vie idéale que tous tentent d'approcher au plus près. Et chacun doit montrer aux autres en quoi sa vie s'approche de l'archétype.
J'ai tenu une discussion qui m'a enchantée avec un mâle et une femelle de cette espèce. Nous semblions tous trois faire la même étude (les rapports humains sont-ils autre chose qu'une étude anthropologique mutuelle ?). Je ne buvais pas et j'étudiais les modalités de répartition de la biodiversité dans Paris. Ergo : ma vie était naze. La leur, en comparaison, était si chouette. D'ailleurs, pas besoin d'en parler : ça se lisait sur leur visage. Mon visage fatigué n'exprimait que la blasitude et ma voix rauque suintait de "la vie c'est pourri". Alors forcément...
Le mâle a dit que c'était nul. La femelle a utilisé le stratagème Hypocrisie innée pour lui dire "mais non, tente de t'intéresser !" Perdu madame. Ça, faut pas. Je ne veux pas qu'on me dise ce que les humains lambda ont envie d'entendre. Moi, j'ai envie d'entendre ce que les gens pensent. Ha oui c'est difficile.
Je leur ai assené un "si tu éprouves tant que ça le besoin de le montrer, c'est pour t'en persuader toi-même !" suivi d'un "Et si ça te gène, c'est que c'est vrai". Oui, c'est mon combo Gourou-méchant level 12, moult fois utilisé, jamais contré. Une attaque facile, mais qu'est-ce que ça m'a fait plaisir. Tfaçon rien à faire de parler de ma vie à des inconnus, si je veux parler j'ai un blog. Non je n'ai pas de problème, du moins pas d'assez gros pour qu'on prenne un air dépité en m'entendant. J'ai pas le droit d'avoir un aspect et une voix de Droopy annonçant "You know what ? I'm happy." ?
Et de même que les mômes m'adorent parce que je leur parle sèchement, ces deux gens sont ensuite souvent revenus me voir. Preuve que je ne leur ai pas fait trop mal (j'ai perdu des capacités de dommages collatéraux, ce n'est pas si dérangeant en fait).
Un peu plus tard, le Sherwood vaincu s'endormit sur les genoux de la cow-girl. Quand il se réveilla, elle était dans la cuisine avec l'arc-en-ciel à se faire cuire des légumes surgelés. Quoi de plus surréaliste que de manger une fricassée de légumes dans des gobelets à 3h du matin ? Je suis une amatrices de concepts, celui-ci figure au palmarès de mes actes esthétiques préférés.
Encore plus tard, il était 5h du matin. Le frère Tuck lisait des passages de l'Apocalypse qu'il avait dans son giron. Au même moment, quelques centaines de kilomètres plus loin, ma mère quittait sa maison qui se faisait submerger par l'eau de mer, dans une ambiance que les cinéastes qualifient savoureusement d'apocalyptique, justement. Un régal pour le concept, encore une fois.
A l'heure du premier métro, les trois acolytes non alcoolisées sortirent dans les rues, luttant contre le vent à décorner des blattes qui leur soufflait à la figure. Les pensées furent "s'il y a du vent ici, qu'est-ce que ça doit être là-bas !" (le "là-bas" étant chez soi, en banlieue, le département nº17, la bouche de métro... au choix).
Alors non je n'arrive pas à dire "ho lala" d'un air apitoyé en songeant aux inconscients qui vivent trop près de l'océan, cet élément qui me terrifie. Juste à dire "bah fallait pas s'acharner sur l'environnement chers conspécifiques !" tout en admirant le concept, encore une fois.
Et un applaudissement pour la vie, un !
Hier soir, 19h arrivée dans la bourgade de banlieue est de la capitale. Attente de la troisième larronne, tout en se faisant aborder par un type tout de noir vêtu, chic, qui mimait quelque chose. La communication non-verbale n'était pas Française, j'ai confirmé que les gestes ne sont pas universels. Cherchant à passer le temps j'ai souhaité demander à l'homme quelle langue il parlait. Il m'a répondu "Budapest". C'est pas une langue mais je connais pas un seul mot en Hongrois (c'est vraiment dommage je vais m'efforcer d'y remédier). Nous lui avons fait un signe de la main et il est parti.
Quand la troisième est arrivée, nous nous sommes dirigées vers le lieu de la fête. Sur le trottoir, tendant la main, nous vîmes notre homme en noir. Saluts mutuels. Comment on fait pour arriver à Neuilly et s'habiller aussi chic quand on ne parle pas un mot de Français ? La question me turlupine.
Nous entrâmes dans la maison de notre hôte (gloire à lui). Soirée déguisée, nous êtions une cow-girl, un arc-en-ciel vitaminé et un frère Tuck, avec bouteille et psaumes (notez bien la présence des psaumes, on les retrouve plus tard). Il y avait aussi un pingouin, une banane, des monocolores en rose, blanc, rouge, vert, noirs, des Blues Brothers, un Clark Kent fantastiquement bien fait (oui c'est facile mais fallait y songer ! tout est dans le détail), une sorte d'Arlequin, un plombier merveilleux...
Des tonnes de gens, tous identiques. Des bôgosses et des bonnasses, mannequins de papier glacé. Régal pour les yeux (faut aimer, oui, mais la Moyenne aime ça), mais pas pour les oreilles. Je sais, l'alcool, tout ça, ça trouble les gens, ils n'ont pas l'air aussi intéressants que sobres. Ce facteur n'a malheureusement pas été pris en compte dans notre étude entomologique, c'est un fort biais, c'est une des (nombreuses) critiques à nous faire (me faire, les deux autres n'écrivent pas). Ces gens ont tous un même pattern de réponse à l'altérité. Schéma-type : deux homo sapiens s'approchent. Ils échangent des banalités. Ils se connaissent de longue date (voisins, collégiens...) car dans ces banlieues là, la communauté n'a pas un turn-over (= taux de remplacement) rapide. Ces connaissances des grandes lignes de l'autre leur permet de mieux en parler. Chacun dit ce que l'autre aimerait entendre. Très important : ne surtout pas dire ce que l'on pense, tout en laissant transparaître que sa propre vie est bien mieux. En effet, il existe un archétype de vie idéale que tous tentent d'approcher au plus près. Et chacun doit montrer aux autres en quoi sa vie s'approche de l'archétype.
J'ai tenu une discussion qui m'a enchantée avec un mâle et une femelle de cette espèce. Nous semblions tous trois faire la même étude (les rapports humains sont-ils autre chose qu'une étude anthropologique mutuelle ?). Je ne buvais pas et j'étudiais les modalités de répartition de la biodiversité dans Paris. Ergo : ma vie était naze. La leur, en comparaison, était si chouette. D'ailleurs, pas besoin d'en parler : ça se lisait sur leur visage. Mon visage fatigué n'exprimait que la blasitude et ma voix rauque suintait de "la vie c'est pourri". Alors forcément...
Le mâle a dit que c'était nul. La femelle a utilisé le stratagème Hypocrisie innée pour lui dire "mais non, tente de t'intéresser !" Perdu madame. Ça, faut pas. Je ne veux pas qu'on me dise ce que les humains lambda ont envie d'entendre. Moi, j'ai envie d'entendre ce que les gens pensent. Ha oui c'est difficile.
Je leur ai assené un "si tu éprouves tant que ça le besoin de le montrer, c'est pour t'en persuader toi-même !" suivi d'un "Et si ça te gène, c'est que c'est vrai". Oui, c'est mon combo Gourou-méchant level 12, moult fois utilisé, jamais contré. Une attaque facile, mais qu'est-ce que ça m'a fait plaisir. Tfaçon rien à faire de parler de ma vie à des inconnus, si je veux parler j'ai un blog. Non je n'ai pas de problème, du moins pas d'assez gros pour qu'on prenne un air dépité en m'entendant. J'ai pas le droit d'avoir un aspect et une voix de Droopy annonçant "You know what ? I'm happy." ?
Et de même que les mômes m'adorent parce que je leur parle sèchement, ces deux gens sont ensuite souvent revenus me voir. Preuve que je ne leur ai pas fait trop mal (j'ai perdu des capacités de dommages collatéraux, ce n'est pas si dérangeant en fait).
Un peu plus tard, le Sherwood vaincu s'endormit sur les genoux de la cow-girl. Quand il se réveilla, elle était dans la cuisine avec l'arc-en-ciel à se faire cuire des légumes surgelés. Quoi de plus surréaliste que de manger une fricassée de légumes dans des gobelets à 3h du matin ? Je suis une amatrices de concepts, celui-ci figure au palmarès de mes actes esthétiques préférés.
Encore plus tard, il était 5h du matin. Le frère Tuck lisait des passages de l'Apocalypse qu'il avait dans son giron. Au même moment, quelques centaines de kilomètres plus loin, ma mère quittait sa maison qui se faisait submerger par l'eau de mer, dans une ambiance que les cinéastes qualifient savoureusement d'apocalyptique, justement. Un régal pour le concept, encore une fois.
A l'heure du premier métro, les trois acolytes non alcoolisées sortirent dans les rues, luttant contre le vent à décorner des blattes qui leur soufflait à la figure. Les pensées furent "s'il y a du vent ici, qu'est-ce que ça doit être là-bas !" (le "là-bas" étant chez soi, en banlieue, le département nº17, la bouche de métro... au choix).
Alors non je n'arrive pas à dire "ho lala" d'un air apitoyé en songeant aux inconscients qui vivent trop près de l'océan, cet élément qui me terrifie. Juste à dire "bah fallait pas s'acharner sur l'environnement chers conspécifiques !" tout en admirant le concept, encore une fois.
Et un applaudissement pour la vie, un !
(et une injonction pour tout le monde : s'il-vous-plaît, repérez l'ironie de chaque instant, ça vous décoincera les zygomatiques)
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