La première fois fait toujours mal
Ça y est.
Devrais-je croire que ma chance s'achève, que l'on ne me lancera plus des "mais quelle cocue !" à tout bout de champ (en même temps, j'ai tellement de femmes de par le monde...), que je regagne le quota de chance normal de tout être humain, bref, que le dieu du trèfle quadrifolié ne m'a plus dans ses petits papiers ? C'est fâcheux. J'en suis marrie.
Pourtant, tout semblait suivre le cours normal des choses, avec mon bonus chance plus douze inné. Par exemple, le jour du choix des matières, j'ai coché tout ce qui me bottait. Comme ma centaine de camarades. Quand les profs ont annoncé lesquelles de ces matières étaient ouvertes par quota suffisant d'élèves, et lesquelles n'étaient pas surchargées, il n'y a eu qu'une seule personne dans l'amphithéâtre à avoir choisi uniquement des matières "possibles". Chez tous les autres, au moins l'une clochait, par manque ou trop d'effectif.
Et puis il y a eu hier. Un fâcheux incident de parcours. J'entre dans le métro, et déjà je commets une erreur : je rentre dans la bouche de métro de la ligne 12 au lieu de la nº4. Ensuite, je prends un carnet de tickets dans le distributeur. Je passe le portillon, constate la tripotée de contrôleurs à l'air patibulaire et descends. Sur le quai, je me dis que j'aurais dû aller dans l'autre sens, afin de rattraper cette ligne 4. Je remonte donc les escaliers (deuxième erreur : les contrôleurs m'ont vue tergiverser), mais à mi-palier m'aperçois que ce sens là aussi m'amènera à destination. J'amorce la redescente, quand une voix pas aimable du tout (du genre que même moi au réveil j'ai l'air super douce à côté...) me dit "MADEMOISELLE !"
Rien que cette injonction me fiche la chair de volaille. Enfin, c'est toujours mieux que d'être pris pour un travesti (vécu), mais bon, c'est désagréable. Au deuxième "Mademoiselle" je songe qu'il s'agit de moi, je relève la tête et vois les contrôleurs "peut-on voir votre billet s'il vous plaît ?"

Et là, j'ai fait ma troisième erreur de parcours. Je suis remontée. J'aurais pu feindre la surdité, parler Roumain ou je ne sais quoi. En haut, je leur tends donc naturellement le billet composté précédemment. Et là, le contrôleur débite une phrase apprise par coeur que j'aurais bien aimé noter pour vous la retranscrire. En une seconde, pas un centième de plus, il a du dire : "C'estvingt-cinqeurosd'amende,payablesparchèqueoucarte-bleue,vouspouvezpayerplustardc'estquarante-cinq". Je tente de me justifier, avec ma voix-de-gentille qui m'a servi le jour où j'ai grillé un feu rouge à vélo. Ce coup-ci, ça n'a pas pris. Le type était bête, ça se sent quand les gens sont bêtes, du genre "j'ai voulu faire militaire que j'aurais réussi si j'aurais pu", il a répété la même phrase, j'ai tenté de m'expliquer (mais quand ça veut pas ça veut pas, un contrôleur !), et a coupé ma diatribe par : "mais je ne vous crie pas dessus !". Ben voyons, évidemment qu'il ne m'a pas crié dessus, d'ailleurs je ne lui ai pas reproché ça ! En plus il est sourd !
Je retente de m'expliquer. je suis étudiante pauvre, ma carte magnétique ne s'active qu'en octobre, en attendant j'achète des tickets tarif réduit. Mais je ne savais pas qu'ils étaient destinés aux familles nombreuses et aux moins de 10 ans. J'aurais pu arguer que dans ma tête j'ai 10 ans (je sais que c'est pas vrai mais j'ai dix ans...), ou que je suis multimariée (14 épouses et 4 maris !), que j'ai deux rats, une blatte et Lapinou. Si c'est pas de la famille nombreuse !
Mais non que dalle. Cinquième erreur : à cet instant là j'aurais pu plonger sur les portes et sortir de la station de métro, j'étais à côté. Je n'ai rien fait. Sixième erreur : je n'ai pas raqué illico 25 euros (une somme quand même !), j'ai tendu sottement ma carte d'identité et ils ont relevé "mon adresse". D'ailleurs, G.O. si tu lis ceci : tu vas recevoir une amende à mon nom chez toi, vu que c'est l'adresse de ma carte d'identité. Et comme il y a des frais de dossier (un timbre !) l'amende s'élèvera à.. 45 euros. L'hallu' ! Ne pas posséder 25 euros sur soi rend doublement coupable, on paye le double ou presque !
Voilà, j'ai donc expérimenté ma première contravention. Ça pique un peu sur les bords. J'ai dû racheter un carnet de tickets plein tarif en plus.
J'ai donné mon adresse actuelle avec confiance (oui, ils me l'ont demandée aussi), puisque je suis censée déménager sous peu. Mais l'appel se fait attendre. Tiens, à cet instant précis un geek de mes amis s'étonne de ma naïveté. Du genre "t'as pas de papier comme quoi ils allaient te louer l'appartement ? Mais tu t'es fait entuber".
J'ai perdu des photos lors de mon stage, je suis en train de causer du souci à superviseur, car il doit constituer une base de données, ce qu'il ne peut faire sans l'intégralité des fichiers. Il est vénère, et moi encore plus parce que je m'en veux chanmé.

Pour m'inscire à la facounette, n'ayant toujours pas reçu de notification de bourses, j'ai dû avancer les sous. Je croyais que l'enseignement était gratuit, il faut croire que non, en master ça raque. Et toujours pas de papelard du Crous dans ma boîte à lettres. Sur leur site, ils disent "dossier en cours de traitement". Et moi je les traite de tous les noms.
Je puis donc affirmer que la chance inhumaine et honteuse m'a quitée.
Et dire que je n'ai jamais joué au loto !
Publicité