Un seul être vous manque...

Publié le par Sherwood

... Et tout est dépeuplé. Foutre, mais de qui est cette sentence déjà ?

C'est fini. J'en suis inconsolable. Pour un peu, j'en pleurerais. Je n'arrive pas à m'y faire, je refuse d'y croire, tente toujours de ranimer l'étincelle de vie qui me rendis si heureuse jadis. Mais non, ce ne sont que des spasmes agonisant, des râles chromatiques et des aberrations numériques. Il y avait certes eu des signes avant-coureurs, une légère diminution des performances, quelques airs mélancoliques et une résolution poussive. Notre idylle aura duré trois ans, c'est le compte statistique. A présent il faut en faire son deuil. Ces moments passés avec lui furent inoubliables, et pour cause : c'est lui qui les a rendus inoubliables. Certains arguent que si l'on oublie les choses sans cette béquille visuelle, c'est que les souvenirs étaient justement bos à oublier. Je ne suis pas de cet avis. Depuis que j'avais cet appareil photo, je mitraillais à tout va, me souvenant presque de chaque cliché. Et soupirant de nostalgie, ou bien riant aux éclats, je regardais les photographies.
Contrairement à mon habitude, je ne lui avais pas donné de nom. Je n'en donne pas non plus à mon mobile, pour l'anecdote. Je ne sais pas pourquoi. Sont-ils trop peu encombrants pour être considérés comme des choses nommables ? (blague d'écologiste : c'est la taille qui compte). C'est donc un objet sans nom qui est mort, sans nom mais non sans âme. Comment vais-je vivre sans lui ? Plus pragmatiquement : c'était mon outil de travail ! Non, je ne suis pas en congé, l'on m'en a prêté un, mais c'est pas pareil. J'ai du mal à m'en servir. J'ai l'impression de tromper un malade en phase terminale, c'est moche.
Je le sens comme des pieds qu'on ne sent plus : vous voulez du scabreux, du sensationnel, du gore, du sang, des tripes et de la bière, n'est-il pas ? Vous voulez vous assurer de mes dires, savoir ce qu'il a réellement, quoi, est-il vraiment mort, y a-t-il des boyaux éléctroniques qui jonchent le sol, perd-il ses boutons par tous les pores...



La réponse est : je ne sais pas. Voici la dernière photo que j'ai pu prendre. Parfois, un sursaut de bonne volonté le fait prendre des clichés presque potables. Et d'autres fois, tout blanc. Fear of the white ! Je ne sais pas diagnostiquer ce genre d'affection, mais je sais que l'appareil photographique de mon amie la Petite-Blonde (que, soit dit en passant, j'attends, après 2 mois d'absence) a eu les mêmes symptômes. Et ça ne présage rien de bon. La déduction de la panne normale après tant d'usage se fait aisément. Il meurt, oui, mais de belle mort. Apparemment, un appareil photo numérique premier prix (je me gausse) utilisé tous les jours ne peut vivre plus de trois ans.
      Pourtant... il était si bien. Avec option pour afficher la date.. ou pas (quoi, quelqu'un se sent visé ?), pour définir le temps d'ouverture de l'objectif, la résolution, la taille des clichés, le retardateur, le flash (qui, certes, depuis juillet ne fonctionnait plus), la macro (je fais des photos en macro, pour assumer mon côté proxénète), les vidéos, et même un mode dictaphone. A tout ceci, je dois dire adieu, et me faire à l'idée que jamais je ne retrouverai aussi maniable et aussi pratique. Car maintenant, c'est dépassé.

Nous ne l'enterrerons pas dans la forêt pour souci écologique, mais le coeur y est. Si vous souhaitez assister aux obsèques, faites-moi signe.
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Publié dans vaguement

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H
vieille gaga.
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