2010, année de la biodiversité...

Publié le par Sherwood

Voilà le deuxième article, comme prévu, et au sujet de la biodiversité, encore une fois (comment je deviens carriériste). Cette fois voyons l'aspect pédagogique des choses.

 

Mardi, mercredi et jeudi, mon Cher Maître de stage (Gloire à Lui) avait organisé des "journées d'activité" dans 3 squares parisiens. L'occasion de faire découvrir au public ce que c'est que la nature, car les PM ne savent pas trop ce que c'est (voir l'article précédent et constater que, bon gros Parigot, la première fois que j'ai vu un écureil j'avais 18 ans) ; mais surtout ce fut l'occasion defaire une autre étude, en loucedé. Et qui dit loucedé dit confidentiel, vous n'en saurez que dalle. Uhuh.

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Concrètement, ces journées consistaient en divers ateliers sympathiques, comme une chasse au trésor pour découvrir les plantes spontanées, une visite du parc en écoutant les oiseaux, des jardins à faire dans des bacs à sable (la photo), l'observation des jardiniers au boulot, et surtout... la réalisation de nichoirs pour les insectes pollinisateurs. Ça, le Maître l'avait dit : c'est toi qui seras responsable. J'avais accepté, pensant conjointement "c'est dans longtemps ces jours d'activités" et "ho ça va être chouette".

Ça le fut, oui, mais en partie.

 

D'abord, le cadre était sympathique : trois des squares que j'avais survisités cet été, des petites bestioles zonzonnantes partout, des camarades gentils tout plein, des choses chouettes à faire...

 

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Mais aussi le soleil tapant (oh non non non j'ai bronzé...) et naturellement, la chose la plus immonde sur terre, un truc comme les humains mais encore pire : les mômes. Des tas de morveux (mot choisi à dessein) chouinants, auxquels il fallait enseigner l'art ce créer des nichoirs en bambou pour que les bourdons se mettent dedans.

 

Les nichoirs, en soi, c'est facile. Il faut tailler 5 morceaux de bambou d'environ 15cm, les percer à la vrille si le trou ne fait pas 6mm, et mettre ça dans un tube pour les protéger de la pluie.

Mais va expliquer ça à un gamin !

 

Un gamin ça ne pige rien ! Déjà, quand ça sait ce que ça fait, c'est un grand pas. Nan parce que d'accord on va scier, cool, ils sont contents (quand ils savent ce que signifie "scier" !), mais scier quoi et pourquoi ? Aucune attention, ça ne sait pas ce que je viens de dire. Ça ne me gène pas que l'on ne m'écoute pas, mais alors qu'on ne fasse pas semblant ! Qu'on me dire clairement "non ça m'ennuie je m'en vais" que se tortiller sur place. Quoi je suis intransigeante ? Mais non. Je veux juste des gens honnêtes. Et c'est pas parce que ce sont des mioches que je leur parlerai différemment. Apparemment, c'est mal : ils n'entravent que dalle à mon élocution. Ça doit encore être un coup des phrases trop longues. Je tentais de ne pas mettre trop de propositions dans mes phrases laconiques, mais non, quand même, aucune compréhension. Je dois avoir un accent particulier. Par contre, le Maître et son accent israëlien, il se faisait super bien comprendre. Il y a des gens pédagogues et il y a des gens pédophobes. Voilà tout.

 

Mais j'avais la volonté de leur apprendre les chouettes choses ! De leur montrer les abeilles qui butinaient (là, fascination, réussite, j'ai fait une dizaine d'entomophiles, youpi), de leur apprendre à scier, vriller, clouer... Mais quand un enfant de huit ans n'a jamais vu une scie de sa vie, je me dis que les parents sont un peu trop protecteurs. Du coup, les mômes, habitués à vivre dans un cocon, ne subodorent même pas qu'une scie c'est dangereux. Ils regardent en l'air, manquent leurs doigts, prennent ça par la lame... Je frôlais la crise de nerfs à chaque minute et cauchemardais la nuit d'amputations à vif.

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Il n'y eut -miracle !- rien de cela. Même pas la moindre écharde dans leur chair tendre et flasque.

 

Par contre, ces trois jours m'ont assomée. Psychologiquement, c'est insupportable de constater que l'on est nul en tout mais aussi de surcroît en information simple orale. C'est comme si je parlais une autre langue ! Souvent le découragement m'a pris, mais les mômes piaillaient de plus belle et il fallait recommencer. Quand à la fin de la journée les chers chercheurs se plaignaient d'être fatigués je partageais leur peine. Mais pour eux, c'était la douleur physique de rester debout tout le jour. Pour moi c'était l'esprit vidangé.

 

Du coup, cela a-t-il servi ? La génération future sera-t-elle plus attentive à la nature qui l'entoure ? Rien de moins sur. Les nichoirs ont servi d'arme de jet, ou vont être oubliés dans un fond de placard, ou pire : les gamins, découvrant que ce sont des nids de petites bêtes dont ils ont peur vont les détruire.

Ouais, intransigeante et pessimiste. Ça me permet de voir la vie sous son angle le plus significatif.

 

Publié dans Lutèce

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hervé 30/04/2010 19:59


Il faut prendre un cobaye-enfant pour montrer qu'une scie peut être dangereuse.


Sherwood 01/05/2010 13:13



Ho c'est pas l'envie qui manquait !