La citation
Ilf & Petrov, dans "Les douze chaises"
Ilf & Petrov, dans "Les douze chaises"
Très chers Voutousses
(Et puis les autres Zaussi),
Comme je le subodorais avec douleur, je ne puis effectivement plus accéder au salvateur Internet de chez moi. J'en suis réduite à devoir squatter la salle informatique entre midihédeut, heure de pointe, afin de m'abrever de sites aussi inutiles que ma boîte à courriels, sur laquelle s'acharnent les professeurs et secrétaires en tout genre, me faisant croire à une vie stressée de citadine occupée et me rappelant à mes devoirs français : fais ta paperasse ou inexiste. Le terme inexister est ici employé au sens de ne pas exister aux yeux de la loi, et non pas dans la signification "habiter sur la non-île de Rhé". Site également inutile donc indispensable : fesse de bouc, l'endroit où il faut se montrer. Où l'on est à son insu montré également, hum, passons, nan c'est même pas moi. Et enfin, site d'information sur ma propre et futile vie pour ma famille (je vous jure) et mes rares fidèles amis : ce gueublo.
Afin de vous narrer au mieux de quoi se compose ma vie de banlieusarde, j'aurais souhaité mettre un cliché ou deux de cet endroit champêtre et urbain à la fois, mitigé entre bétonnage total et jachère qu'est Saint Denis. Si la connexion faqueuse le permet : voici la vue de ma fenêtre, au bout de la rue vous distinguez le stade de France, c'est son nom, comme s'il n'y en n'avait qu'un dans le pays (ce ne serait pas plus mal, mais passons...). Oui, comme j'écris depuis chez moi je ne sais pas si je pourrai demain vous inclure la photo ou pas.
Ma nouvelle cité est donc un lieu étrange, un kébabland total. De la fenêtre je peux voir pas moins de cinq de ces échoppes que nous appelons abusivement "kébab". Enfin, à Paris du moins, en banlieue on dit "grec", et ailleurs on ne dit pas parce qu'on ne connaît pas cette spécialité francilienne et délicieuse. Chacun a sa spécialité : l'un sert des hamburgers, l'autre des véritables kébabs, l'autre des spécialitée turques (oui, avec la faute, ne vous inquiétez pas elle sera dès que possible dans l'album des fautes d'orthographe que j'ai créé sur le site communautaire sus-mentionné), l'autre (je crois que c'est mon favori) est un "grec algérien" et le dernier visible arbore un simple panneau mentionnant "grec". Je n'en cite que cinq, mais si l'on se donne la peine de sortir la tête de la fenêtre on peut en distinguer d'autres. Mon but : tous les goûter avant de déménager (ma bougeotte chronique fera le sujet d'un autre article, ou pas, je suis au courant de mes affection psychologiques, merci). Un grec, donc, pour les non-initiés, ça se mange. Cela consiste en un pain spécial, soit du pain à kébab soit un pain plat que j'appelle pain libanais, mais si ça se trouve ça n'est pas plus Libanais que moi je suis Russe (et pourtant, si je parle Anglais on jurerait que je viens directement de Kostroma, sans escale), pain dans lequel on met de la salade, des tomates et des oignons (ou pas si on n'aime pas les oignons crus...), de la sauce blanche au sésame qu'elle est trop bonne, ou du ketchup, de la harissa ou de la mayo. Et enfin, on met de la viande de mouton lentement rôtie (kébab, le vrai), ou bien du poulet mariné au curry (chich taouk on dit, je sais pas comment on l'écrit), ou bien des boulettes de pois chiches (falafels), ou bien des boulettes de viande aux épices (kefta), ou encore des saucisses. Ouais je fais le guide parce que je me souviens qu'une certaine gentille personne tout droit sortie de la plus inexistante des contrées m'a demandé ce qu'était un chich taouk, ce qui m'a surprise au plus hauit point. Tu demandes ce que c'est des pâtes bolognaise ? Vazzy quoi.
Je vous ai parlé de l'environnement immédiat, et pour ne pas vous tuer trop rapidement les yeux je causerai plus avant de la ville (la cathédrale, les rues piétonnes, les magasins de burkas, le cours d'eau champêtre et le stade immense et désert), de ma maison et de ce qu'il s'y passe dans d'autres publications.
Sur ce, cordial serrage de louche.
Moi
Je quitte donc demain (ou après demain...) la vue de la cour
d'école (ouf) mais aussi le tout-Paris depuis le Sacré-Coeur (ouais c'est flou, ça date de quand feu mon photoapparail avait le flash cacochyme).